Si ma vie est redevenue un « Long Fleuve Tranquille », ce ne fut pas toujours le cas… C’est au cours de cette période de turbulences que j’ai appris toute la signification des mots « Solitude » et « Espoir ». Je me suis alors fait une promesse : galvaniser, voire ensoleiller le quotidien de toute personne solitaire. Solitaire par choix, ou par manque de générosité du destin.
Fille unique de parents aimants et de condition aisée, je fus élevée dans un cocon exempt de toute difficulté. Ma garde robe était bien fournie, je pratiquais l’équitation, ma scolarité se déroulait normalement. Gaie et insouciante, je mordais la vie à pleines dents. Puis j’eus envie de voler de mes propres ailes… Mariée à 24 ans et Maman à 26 ans, je me suis vite rendue compte que mon mari et moi ne vieillirions pas ensemble. Les petites phrases assassines, l’ennui, l’indifférence et l’incompréhension mutuelle mirent vite un terme aux premières années de bonheur. Mais tant que ma fille n’était pas majeure (elle était alors âgée de 7 ans), je ne comptais pas quitter le domicile conjugal. Et l’éducation que j’avais reçue ne me permettait pas d’y penser, ne serait-ce une seule seconde ! C’était sans compter sur la présence d’une tierce personne…
Je n’ai rien vu venir… Mais il est bien connu que dans ce genre de cas, seul l’intéressé ignore sa déconvenue ! Nous étions au mois de juillet. Ma fille et son père étaient déjà partis en vacances dans le Sud de
Arrivée en gare de Montpellier, j’ai vite repéré ma petite fille. Elle m’a sauté dans les bras. Son père, dix mètres plus loin, restait bizarrement en retrait. Je fus frappée par son air peu engageant, son visage fermé, ses narines pincées. D’un caractère calme et passif, ce manque d’exubérance n’aurait normalement pas dû m’inquiéter, mais, là, tout de même, il y avait de quoi se poser des questions… Avais-je commis une bévue ? Il faut dire que ma nature dynamique, impétueuse et spontanée me jouait (et me joue encore) parfois des tours ! Etait-il malade ? Dire que comme une brave petite épouse, je m’inquiétais pour sa santé ! Quelle douce rêveuse ! Il avait un souci et un sérieux! « Comment apprendre à sa femme qu’on la trompe depuis 2 ans et qu’on veut qu’elle parte le plus tôt possible, alors que l’on est peu bavard et un tantinet cachottier ? ». Inutile de dire que le trajet jusqu’au lieu de vacances fut pénible. Aucun mot ne fut échangé. Seule notre fille faisait les frais de la conversation. L’atmosphère était lourde, le silence pesant. Je sentais que quelque chose de grave se tramait, mais j’étais à mille lieux de m’attendre à ce qui allait me tomber sur la tête. Ce genre de situation me mettant mal à l’aise, je l’ai pressé de questions dès que nous sommes arrivés à destination. Mon insistance finit par porter ses fruits, mais à quel prix ! « Je connais quelqu’un d’autre, je souhaite divorcer ». Sujet, verbe, complément : le type même de conversation que nous avions avec Pierre. J’eus un étourdissement et mon visage dû se décolorer à la vitesse grand V car mon mari s’affola : il en avait peut être trop dit ? ! !
La première pensée que j’ai eue c’est que tout compte fait, cela n’arrive pas qu’aux autres… Il s’agissait d’une collègue de travail, il la connaissait depuis 2 ans et ne pensait qu’à elle. Il était inutile d’ébaucher une discussion, trouver des compromis, se ressaisir pour trouver une solution : sa décision était prise. Qu’avait donc cette femme de plus que moi ? Enfin, de moins, devrais-je dire ! Tout simplement 10 ans ! A l’époque, j’avais 33 ans. En 9 ans de mariage, je n’avais jamais connu mon mari aussi dithyrambique. Mettons-nous à sa place : il taisait et cachait cet amour depuis si longtemps ! A aucun moment son comportement n’a laissé supposer qu’il me trompait. Il rentrait de son travail tous les soirs à 18H. Pas de « pots » entre collègues plus que de raison, pas de problèmes particuliers dans son travail. Aucun excuse bidon. Tous ses week-end, il les passait avec nous. Sans grand enthousiasme, certes, mais tout de même, il faisait acte de présence. Pas un seul petit papier suspect dans ses poches. Vous savez, celui sur lequel on tombe lorsque l’on amène le costume au pressing (je regarde trop la télé !)… RIEN. Sa maîtresse ne l’appelait pas au téléphone, ses vêtements n’étaient pas imprégnés de parfum. En y repensant, quelle classe ! Chapeau bas, Monseigneur ! Mais c’est peut être son métier qui a fait que, faute d’indices, je n’ai rien découvert… Il était gendarme ! Riez, riez, profitez-en ! Demain, il y en a deux qui vous arrêterons pour excès de vitesse, vous ferez moins les malins !
Trève de plaisanteries. La situation n’était pas drôle du tout, mais alors pas du tout. C’est mon tempérament pratique qui m’a permis de reprendre le dessus très vite. Après tout, je ne l’aimais plus non plus. Le premier moment de stupeur passé, inutile de trop en faire –je ne le savais pas encore, mais il était en train de me rendre un fier service-. Sa décision atteignait plus mon amour propre et ma dignité que mes sentiments. Mes premières pensées furent pour ma fille : pas de problème, il m’en laissait la garde. Pour le domicile, c’était un petit peu plus compliqué (du moins, pour moi). Comme il habitait un logement de fonction, j’avais trois mois pour déménager. En ce qui concerne les vacances, leur programme allait en être passablement chamboulé, vu que Pierre avait prévu d’aller retrouver sa maîtresse. Qui l’attendait, devinez où ? Chez ses parents ! Ca, c’est du vaudeville ou je ne m’y connais pas ! Il alla la rejoindre avec ma fille. Quant à moi, je préférais remonter sur Paris. Histoire de digérer la grande nouvelle. Ma petite vie s’écroulait. Bien que tristounette, je m’étais adaptée à la monotonie de son train-train quotidien et j’aurais pu faire encore un bon bout de chemin de cette façon.
Pour la première fois de ma vie et en 48 heures, je devenais un cas social ! Au chômage et sous peu sans appartement. Je partais avec un sacré handicap. Tout le monde sait que sans travail, pas de logement et pas de logement… pas de travail. De plus, il était hors de question que je me sépare de ma fille, ne serait-ce le temps de me « retourner ». Pour elle, j’allais me battre, ne pas me laisser aller. Mon optimisme et mon dynamisme naturels allaient m’y aider.
S’il y a quelque temps encore je savais tous les noms des boutiques de mon centre commercial, je me mis à faire la connaissance de toutes les assistantes sociales de la ville. Ma mère étant décédée, ma fierté m’empêchait de me tourner vers mon père pour lui demander de m’aider. Heureusement, à force de persévérance et après de multiples démarches, je finis par entrevoir le bout du tunnel avant la date fatidique des 3 mois. Je trouvais le travail en premier (tant que j’habitais encore chez Pierre, c’était dans mon intérêt), puis un logement.
Bien que satisfaite du tour qu’avaient pris les évènements, combien étaient interminables les nuits, les week-end, les vacances et surtout les Fêtes !. Je passais de l’espoir au désarroi le plus total. Il n’y a rien de pire que la solitude lorsque le jour se met à décliner. Que de pleurs, que de tristesse, que de chagrin ! A ce propos, je vais vous conter une petite anecdote. Ce fut la pire soirée de ma vie. Il était 21H, je regardais un film à la télé. Romantique à souhait. Marlène Jobert et Philippe Léotard jouaient le rôle de 2 parents divorcés. Suite à un incident de circulation, ils faisaient connaissance à la réserve africaine de Thoiry et c’est ainsi que débutait pour eux une belle histoire d’amour. Je crois que je n’ai jamais autant pleuré !
Au fil de ces journées sans joie, il me parut plus qu’évident que mon tempérament chaleureux et gai ne pourrait résister plus longtemps à cette situation. Certaines femmes, après 10 années de repassage, de courses, de ménage aurait sauté sur l’occasion pour reprendre leur vie de célibataire, mais ce n’était pas mon cas. J’avais besoin de partager mes loisirs, mes idées, éclater de rire. Je ne tenais pas à devenir amère, acariâtre ou agressive. Je devais donc réagir, ne pas m’apitoyer sur mon sort, chercher et trouver une solution.
Internet n’en étant qu’à ses balbutiements, je compulsais les petites annonces de magazines spécialisés dans l’espoir de rencontrer un gentil compagnon que j’apprécierais et à qui ma personnalité conviendrait. Sortant d’une rupture assez expéditive, je ne souhaitais ni me remarier, ni avoir un autre enfant. Mon objectif était de ne profiter que des moments agréables qu’un compagnon pouvait offrir.
J’ai rédigé une petite annonce dans laquelle je souhaitais me refléter, vive, enjouée, avec un brin d’humour : « 33 ans, simple de goûts mais pas d’esprit, recherche compagnon aimant sortir et rire ». Le résultat ne fut guère probant. Les messieurs approchés étaient à la recherche d’un idéal féminin que je qualifierais d’utopique et que je ne pouvais malheureusement leur offrir. Je décidais d’opter pour la manœuvre inverse, à savoir répondre aux annonces déjà écrites. Une m’a particulièrement attirée : « 31 ans, électromécanicien, grand, recherche une femme sensible, gentille, ayant surtout le sens de l’humour ». Ma réponse fut la suivante : « Bonjour vous, Hier c’était ma fête. Françoise donc à la plume ! Pour vous apporter tout plein de gaieté, de chaleur et de soleil. Mon accent du Midi y pourvoira. Vous souhaitez une personne ayant de l’humour, vous allez être servi. D’autant plus qu’aujourd’hui il fait un temps splendide, j’ai l’esprit en fête et l’âme en délire. Mon âge ? 33 ans. Et vous voulez bien sûr une description physique aussi près que possible de la réalité. Je vais m’y employer : taille mannequin… (en fin de page, et au début de la page suivante)… Eh non ! C’est râpé ! Pour être franche, plutôt Balasko que Birkin ! Mais avec du charme, à ce qu’il paraît. Ma vie accuse 2 faiblesses, être souvent par monts et par vaux et faire des photos, de ma fille en particulier (7 ans, aussi adorable que sa mère !). A bientôt peut-être ! »
L’espoir régissant ma vie, cette lettre ressemblait à une bouteille à la mer. Bouteille qui fut récupérée puisque Marc me téléphona quelques jours plus tard. Nos conversations pouvaient durer des heures et des heures. Le courant passait bien. En serait-il ainsi lors de notre premier rendez-vous ? Assurément oui, puisque cela fait 17 ans que nous sommes mariés ! Et cette rencontre pourrait être résumée par la charade que voici :
Mon premier n’est certainement pas oisif,
Mon deuxième est ce navigateur qui aurait pu être inter, spatio, cosmo ou astro,
Mon troisième est un signe de ponctuation,
Mon quatrième est une extension commençant par la lettre « c »,
Et mon tout est le nom du bébé qui est né de cette union…